Home Bien-être maman Accouchement: l'épisiotomie, comment et pourquoi ?

Accouchement: l'épisiotomie, comment et pourquoi ?

episiotomie comment pourquoiDepuis les années 70, on nous a rabâchés que l’épisiotomie permettait d’éviter que le périnée ne se déchire sous une pression trop forte de la tête du bébé. Toutes ces affirmations sont largement remises en cause aujourd’hui par les médecins eux-mêmes.

Pourquoi l’épisiotomie ?

Le périnée, c’est un faisceau de muscles et de ligaments qui se situe entre le vagin et l’anus. Durant l’accouchement la souplesse de ce "muscle" devient essentielle pour laisser le bébé passer. Pour agrandir l’orifice vulvaire et faciliter le passage du bébé, les accoucheurs pratiquent parfois l’incision chirurgicale de ce muscle : c’est çà l’épisiotomie. Depuis les années 70, l’épisio était devenue quasi systématique lors des accouchements par voie basse ; jusqu’à atteindre un taux de 80% des accouchements au milieu des années 80. Par la suite, sous la pression d’associations de femmes, le taux de recours à l’épisiotomie a progressivement baissé, mais il était encore de 47% en France en 2004. En 2005, c’est la pavé dans la marre : le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) publie une étude et conclut que, contrairement au discours en vigueur, l’épisiotomie n’empêche pas les déchirures graves (3ème et 4ème degré), et ne prévient pas les problèmes d’incontinences urinaires et/ou anales, bien au contraire. Le CNGOF fait alors des recommandations pour que le recours à l’épisiotomie ne se fasse qu’en cas de réelle nécessité, et que le taux en France ne dépasse pas 30% des accouchements. Depuis, l’OMS a même fait une recommandation pour que le taux ne dépasse pas les 10%.

Les conséquences d'une épisiotomie

On pense souvent à ces femmes qui marchent en canard et s'assoient sur des bouées. En réalité, les conséquences d’une épisiotomie peuvent être bien moins anodines qu’on voudrait nous le laisser croire.

Les conséquences physiques

Les femmes qui ont subi cette intervention peuvent connaître des infections douloureuses ; des relations sexuelles douloureuses (parfois définitivement); une plaie qui se rouvre ; des œdèmes ; des hématomes ; des allergies (aux fils utilisés pour la suture, aux produits employés) ; des abcès ; une inflammation de la glande de Bartholin, qui sécrète le liquide qui lubrifie le vagin au moment du rapport sexuel ; des rétractations musculaires ou nerveuses ; des tissus qui ne cicatrisent pas mais  se soudent entre eux (adhérences) ; une suture mal faite avec deux « morceaux » qui ne sont pas recousus l’un en face de l’autre, ou une partie de muqueuse qui « sort » de la plaie ; de l’incontinence urinaire et/ou fécale suite à la section d’un nerf; une perte de sang supérieure à celle d’une césarienne qui génère fatigue et anémie,etc... Ajoutons à cela tous les risques liés aux interventions chirurgicales : aiguille cassée, compresse oubliée,...

Les conséquences psychologiques

Moralement, la douleur des femmes n’est pas non plus négligeable.

Les dégâts sur l’estime de soi : se sentir coupable d’avoir mal alors que pour tout le monde "une épisiotomie ce n’est rien". Être obligée d’utiliser des couches "comme un bébé" ou une personne âgée, peut sérieusement abîmer l’image que l’on a de soi-même.
Le séisme dans le couple : ne pas avoir de plaisir quand on fait l’amour, avoir à choisir entre souffrir pour faire plaisir à son compagnon ou écouter sa douleur au risque de voir se dégrader son couple.
Le sentiment d’avoir été trahie par le corps médical, d’avoir été considérée comme un morceau de viande, sans avoir son mot à dire sur les actes pratiqués sur son corps, sur son accouchement. Voir sa douleur minimisée lorsqu’on se plaint aux médecins: « vous en faites tout un plat », « c’est une excuse pour ne pas refaire l’amour… ».
Une relation à l’enfant troublée : comment créer des liens avec ce bébé quand on a mal en l’allaitant, en le portant, en le berçant… Comment ne pas penser que c’est à cause de sa naissance qu’on en est là ? Comment imaginer avoir d’autres enfants après cela ?
Une vie sociale compliquée : souffrir lors du moindre geste de la vie quotidienne, ne pas pouvoir en parler, ou subir les dénégations de l’entourage si on en parle : «ça va passer», «tu n’es pas la première», «les médecins vont arranger cela».

L'épisiotomie est-elle systématique?

En France, le problème c’est que le recours à l’épisiotomie dépend encore beaucoup de la personne qui pratique l’accouchement. Il est donc primordial d’en discuter avec elle au préalable, de lui faire connaître votre point de vue à ce sujet et d’amener le personnel médical à le respecter. Une épisiotomie ne peut pas vous être imposée. Le médecin ou la sage-femme est dans l’obligation de vous demander votre accord avant de la pratiquer :
Article L1111-4 du Code de Santé Publique :
Aucun acte ni aucun traitement médical ne peut être pratiqué sans le consentement plein et entier de la personne, et ce consentement peut être retiré à tout moment.

Même si vous accouchez sous péridurale, même si le médecin ou la sage-femme utilise des forceps, spatules, ventouses, etc… l’épisiotomie n’est pas obligatoire.
Ce geste ne doit se décider qu’au cas par cas, après avoir étudié toutes les possibilités pour l’éviter. Si une épisiotomie s’avérait, absolument, médicalement nécessaire : demandez au praticien de la pratiquer sous anesthésie locale (si vous n’êtes pas sous péridurale), d’apporter le plus grand soin à la réalisation de l’incision et à sa suture.
Si vous refusez catégoriquement cette intervention, n’hésitez pas à le formuler clairement (avec un grand sourire).

Une dernière pour la route ?
Entre 2003 et 2007, le taux d’épisiotomies au CHU de Besançon est passé de 19% à 3,4%. Pourtant, le taux de déchirures graves, lui, n’a pas bougé…Si les épisiotomies permettaient d’éviter les déchirures graves, ce taux aurait dû augmenter, non ?

Pour faciliter le passage du bébé, il y a d’autres méthodes, comme la préparation du périnée avant la naissance, des positions à adopter pendant l’accouchement, une façon de respirer plus physiologique. Si malgré tout  vous avez dû être recousue (suite à une épisio ou à une déchirure), ne culpabilisez pas et ne souffrez pas en silence. Lisez notre article sur les façons de soulager votre douleur, il vous aidera peut-être.